Violator

2015

Liz Magor au sujet de l'œuvre Violator

Laine, peinture, cellophane
61,5 × 411 × 2 cm

Collection du Musée d’art contemporain de Montréal

Violator

2015

Cette longue couverture au mur s’appelle Violator. Je l’ai créée l’an dernier, après une douzaine d’autres de format vertical. Celle-ci est horizontale. Elle a été réalisée sur un métier à tisser. Ces couvertures étaient doubles, comme celle-ci, puis généralement coupées à une longueur d’environ six pieds. Celle-ci par contre n’est pas coupée, c’est pourquoi elle est si longue. J’aime bien sa forme… mais je l’ai choisie en raison de sa fragilité. Elle est très abîmée. J’avais demandé à mes amis de chercher une couverture en très mauvais état. La raison pour laquelle je voulais une telle couverture, c’est qu’elles sont très rares, car personne ne les garde. C’est vraiment un déchet. Je savais que si je réussissais à trouver une couverture pleine de trous et complètement abîmée qui aurait été conservée, c’est qu’elle devait être spéciale. C’est cet aspect qui m’intéresse, et non l’objet en soi. Donc j’ai trouvé cette vieille couverture. Juste au toucher, elle se déchirait. Ses trous agrandissaient pendant que j’y travaillais, elle continuait de se déchirer et devenait de plus en plus lâche. Je l’ai donc stabilisée en la peignant à l’arrière avec de la peinture argentée et dorée. J’ai peint les bandes. C’est comme une colle qui permet de retenir le tout et l’empêche de se déchirer davantage. Ensuite, je l’ai pliée en deux. Puis j’ai fait comme avec les autres couvertures; je l’ai agrémentée et j’ai mis en valeur ses lacunes. Je me suis concentrée sur ses parties endommagées. Je les ai prises en considération et je les ai accentuées. Puis je me suis dit que, comme son état s’améliorait, elle serait peut-être même échangeable. Elle pourrait peut-être même retourner sur le marché. Mais ce n’est qu’une idée comme ça, un fantasme. Je l’ai donc conditionnée. J’ai ajouté des étiquettes, le type d’étiquettes qui annoncent un grand solde. Il y a trois étiquettes dont la forme fait penser à une explosion. C’est ce qu’on appelle en anglais des « violators », dans le domaine de la mise en marché. Ce sont les étiquettes qui ont pour fonction d’inciter le client à acheter. J’imagine qu’elles « violent » notre paix d’esprit en quelque sorte. Ce qui expliquerait qu’on les appelle des « violators ». La présence de ces étiquettes joue donc le rôle de mémoire commerciale, plus qu’elle n’indique une réelle activité commerciale. C’est dans l’imaginaire qu’elle est un article de vente.