Double
Cabinet
(Blue)

2001

Liz Magor au sujet de Double Cabinet et des œuvres sur le présentoir

Double Cabinet (Blue), 2001
Gypse polymérisé, canettes de bière
22,9 x 68,6 x 43,2 cm

Collection particulière, Vancouver

Double
Cabinet
(Blue)

2001

Ces objets se trouvent sur des meubles, pas sur des socles. Ils ne sont pas censés être dans de grands musées. Ce sont des objets intimes. Et pour plusieurs de ces pièces de petit format, j’ai utilisé des objets très banals et très accessibles pour fabriquer le moule et le plâtre, et ensuite la sculpture. Il ne s’agit pas d’objets auxquels je suis attachée. Ce ne sont pas mes gants; ils n’ont pas appartenu à mon père, ce sont tout simplement des gants que j’ai trouvés. Aucun de ces vêtements n’a d’importance. Ils ne sont rattachés à aucune situation qui me concerne. Je les ai simplement achetés dans un magasin d’articles usagés.

Je dirais qu’il n’y a rien dans l’exposition qui fasse référence à la culture populaire au sens de « culture de célébrité » ou de glorification de l’objet par une sorte de passion, comme des chaussures de courses particulières ou d’autres objets de la culture matérielle, tous ces objets présents dans la culture auxquels on accorde une valeur spéciale.

C’est le contraire que je recherche. Les objets qui m’intéressent sont ceux qui passent inaperçus, qui restent discrets, sans importance, ordinaires. Ces objets devenus si familiers qu’on les ignore, tellement on est avide de choses excitantes.

J’utilise donc ces objets négligés et, comme avec les petits animaux, j’essaie de déterminer les critères de qualité qui sont à l’origine de leur production et du désir de se les procurer.

C’est ce que je tente de mettre en valeur. Ce processus a pour effet de les tirer légèrement de l’ordinaire et de les amener vers l’« extra-ordinaire ». C’est un peu comme dans le surréalisme : le réel est légèrement transformé de manière à basculer dans un espace insolite. C’est ce qui se passe avec les mitaines, les manteaux, les serviettes, les piles de vêtements, et même la vadrouille avec sa flaque d’eau permanente. C’est comme un film d’animation (vous savez de quel film je parle ? Je crois que Dan Adler en parle dans son essai sur le film de Walt Disney où un balai prend feu et s’anime). Les contes de fées cherchent aussi à trouver l’animus ou l’énergie dans les objets, dans le monde matériel. Je ne le fais pas dans une perspective religieuse, rituelle ou surnaturelle, mais plutôt en qualité de personne d’une grande sensibilité qui interprète constamment le monde matériel. C’est un processus qui ne s’arrête jamais. C’est un peu comme les chauves-souris qui se servent des ondes sonores pour évaluer la distance d’un mur. C’est un processus semblable qui se produit avec les objets qui font partie de notre environnement. On évalue nos sentiments face aux choses : j’aime cette chose ! Je déteste celle-ci ! Je veux celle-là ! Cette chose est magnifique. C’est toujours de moi dont il est question, et non de la chose elle-même. J’utilise ces choses. Ce que je cherche à faire, c’est d’arrêter de les utiliser. Quand je les transforme en sculptures, je mets fin à leur utilité. Ce n’est plus un manteau. Une fois transformé en œuvre d’art, il est libéré de cet éternel processus d’exploitation des objets pour satisfaire mon égo ou mes besoins personnels. Je veux que ces objets aient une intégrité propre, où les qualités qu’on leur prête ne dépendent pas de moi.