Carton
II

2006

Liz Magor au sujet de l'œuvre Carton II

Gypse polymérisé, cigarettes, gomme à mâcher, allumettes, briquets
Édition 1/2
29,2 × 53,3 × 48,2 cm

Collection du Musée d’art contemporain de Montréal

Carton
II

2006

Cette œuvre s’intitule Carton. J’en ai réalisé trois versions; celle-ci est la deuxième. Elle fait partie de la collection du Musée. Elle s’apparente aux premières œuvres, peut-être parce qu’il s’agit d’un contenant avec un contenu. C’est aussi une forme qui traite de la forme que prend la matière. Dans ce cas-ci, il est question de la forme d’une « pile » ou d’un « tas ». Peu importe de quoi il est fait, un tas, c’est dense, et, par définition, rempli de ce qui le constitue. On présume que ce qu’on voit à l’extérieur est aussi ce qui se trouve à l’intérieur. Donc on suppose qu’un tas de poussière est entièrement rempli de poussière. Par exemple, on peut voir dans Chee-to, la pièce avec les grignotines de fromage, que le tas de pierres n’est pas un véritable tas. C’est un faux tas qui recouvre un vrai tas, celui des grignotines.

La pièce Carton fonctionne de la même manière. C’est une fausse pile qui recouvre une vraie ou une réelle pile. Souvent, quand je fabrique ce que j’appelle la fausse image, c’est vraiment une image sculpturale que je crée par le procédé du moulage et tout le processus qui s’ensuit. Je mets l’image sculpturale en relation avec la vraie matière parce que cela crée une tension. Elles ne s’accordent pas, d’une certaine façon. Il y en a une qui veut être réelle; l’autre ne l’est pas, mais elle en a l’air. C’est une sorte de lutte où il n’y a pas beaucoup d’espace. Il n’y a pas beaucoup d’espace entre l’image de la pile de vêtements et la vraie pile de vêtements. Elles sont très proches. Il ne s’agit pas d’une image abstraite, poétique ou métaphorique. C’est tout simplement l’image littérale d’une pile de vêtements. J’intègre les vrais éléments pour bousculer la sculpture, pour créer un problème. Et dans ce cas-ci, j’ai choisi, non pas des grignotines de fromage, mais – peut-être pour les mêmes raisons – un gros tas de cigarettes. Ça vient de mon intérêt pour les matières puissantes, face auxquelles nous n’avons pas toujours le contrôle : des choses très savoureuses, agréables, rares ou belles. Et parfois, nous entretenons un rapport de dépendance passionné avec ces choses matérielles, et c’est un phénomène étrange, parce qu’on ne peut pas rompre… On ne peut pas rompre avec la cigarette. Les cigarettes n’ont pas une pensée propre ni de sentiments. Mais on s’y attache, comme s’il s’agissait d’une personne. Il y a un attachement. Ce sont ces choses qui m’intéressent. Donc, dans l’exposition, on retrouve des bonbons, des grignotines, des cigarettes, de l’alcool, de curieux objets de collection. Il y a, par exemple, un Ookpik (hibou arctique) qui dépasse d’un sac. Je ne suis sans doute pas la seule personne qui pense à l’histoire du Canada ou à l’Arctique en voyant un Ookpik dans une boutique d’occasions. Ce sont ces objets dotés d’un certain pouvoir évocateur qui se retrouvent dans mes sculptures.